• Un simple feu follet...

     

    Tel un château de sable

    Emporté par la mer,

    Existence improbable, 

    Prétention éphémère.

     

    Fugacité  d'une ombre,

    Toujours insaisissable,

    Que la seule pénombre 

    Rend d'un coup périssable.

     

    La caresse d'un souffle,

    À jamais invisible,

    Dont le trouble s'essouffle, 

    Sitôt inaccessible.

     

    Ou l'onde d'un remous

    Qui, silencieuse arrive,

    Son élan un peu mou

    Dévoré par la rive. 

     

    Ainsi donc va la vie,

    Son funèbre ballet, 

    Sans espoir de survie, 

    Un simple feu follet... 

     

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  • Il pleut...

     

    La pluie, d'hiver éprise, 

    Sur les vitres tapote,

    Déposée par la bise,

    Je la vois qui sanglote.

     

    Sous des nuages sombres,

    Hôtes d'un vent frisquet,

    Elle a chassé les ombres

    Couchées sur mon parquet.

     

    Le jour semble amaigri,

    Ses lumières fluettes,

    Tout est devenu gris,

    Jusqu'à mon âme inquiète.

     

    Sur le ciel barbouillé,

    Je vois se balancer

    Les branches dépouillées 

    D'arbres entrelacés. 

     

    Caressant le lambris 

    Les fins rideaux frissonnent,

    La pièce s'assombrit

    J'entends six coups qui sonnent... 

     

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  • Il est une fenêtre...

     

    Au champ des repentances, 

    Il est une fenêtre 

    Sur ma pauvre existence

    Qui s'entrouvre peut-être. 

     

    À ses pieds, une allée,

    Entourée d'herbes folles,

    Fine route dallée

    D'où les oiseaux s'envolent.

     

    Telle une ganse claire

    Sur sa fauve toison,

    Elle fuit mon repaire

    Et rejoint l'horizon.

     

    Elle y trouve la lune

    Qui hisse-là, sans bruit

    Toute son infortune 

    Jusqu'au bout de la nuit.

     

    Une ligne de vie

    Pour la dompter, qui sait?

    Sur l'humide lavis 

    De son sombre gousset...  

     

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  • Au cœur de mon hiver...

     

    Au cœur de mon hiver,

    Quand la bise un peu ivre

    Dessine sur le verre

    Quelques roses de givre.

     

    Je rêve de matins

    Enluminés de neige,

    Leurs reflets de satin

    Plissés de lignes grège.

     

    Je goûte aux doux parfums,

    Crachés par ces flambées

    Qui se gavent sans fin

    De fiers arbres tombés.

     

    J’entends courir dans l’âtre

    Le fin crépitement

    De ces braises rougeâtres

    Bavardes, infiniment.

     

    Je lis sur mes carreaux

    Quand le ciel vire au parme,

    Tel un chagrin de trop,

    Le sel de mille larmes.

     

    Alors, c'est la tristesse

    Qui vient ombrer mon âme,

    Ô sombre prophétesse

    Venue moucher ma flamme…

     

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  • Groix... Des mots d'hiver...

     

    De ses couleurs fanées,

    L’hiver brosse les murs

    Laissant juste flâner

    Ses bises sans murmure.

     

    Par le froid, alertée,

    La rivière  glacée

    Embrasse, déserté,

    Un océan froissé.

     

    La plage déprimée

    S’est vêtue d’algues mortes,

    Entrelacs clairsemés

    Aux senteurs un peu fortes.

     

    Les « Saisies » tel un dard

    Paraissent se gainer

    D’oiseaux blancs et braillards

    Prompts à se chicaner.

     

    Sans soleil au zénith,

    Les nues semblent livides,

    Cendrées, presque maudites,

    Désespérément vides…

     

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