• Nuit sur l'île de Groix...

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    Au théâtre des ombres,

    Étrangement fardée,

    Glisse sur un ciel sombre,

    La lune intimidée. 

     

    La nuit enveloppante 

    N'est que chuchotements 

    Discrète confidente

    De fébriles amants. 

     

    La mer est un murmure 

    Et le vent, indolent, 

    Bruisse dans les ramures

    De grands pins somnolents. 

     

    Sur sa branche douillette,

    Improbable patère,

    Même la vieille chouette

    A préféré se taire.

     

    Rompant l'imaginaire,

    Ses douze coups sonnés, 

    L'horloge centenaire

    Se rendort étonnée.

     

    Et l'ambiance ouatée

    Recouvre ses quartiers

    Seul, l’estran déserté,

    Chatoie d'éclats brouillés.

     

    Comme surgi de l'onde,

    Renaît le sortilège 

    D'un temps qui vagabonde,

    Toupille telle neige.

     

    Lors, il me semble entendre

    Une plainte lointaine

    À la fois triste et tendre

    Peut-être une sirène?...

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  • Crépuscule...

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    J'ai laissé entrer la houle 

    Au plus profond de moi,

    Des vagues violentes,

    Ces monstres baveux

    Abreuvés des couleurs 

    D'un ciel d'orage

    Que les oiseaux ont fui effaçant l’horizon.

     

    Et, mon vieux corps couché

    N'est plus 

    Qu'un triste rivage, incessamment fouetté,

    Perfidement giflé

    Par ces dragons de glace

    Qu’un ponant barbouillé

    Vient cracher sur mon souffle.

    Une étrange tempête 

    Aux fragrances d'encens

    Dans la funeste crypte, où je ne suis qu’ossuaire,

    Là, je devine encore

    Sur mon âme, enchâssés,

    Les reliques cyniques

    De mes actes manqués.

     

    Lors, dans ma tête gourde,

    Résonne la tourmente,

    Celle des crépuscules 

    Froids et sans apparat 

    Qui annoncent la nuit,

    Ténèbres infinies

    Dont je sais, aujourd'hui, 

    Qu'elles seront sans matin...

     

     

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  • Locmaria... Lendemain de gros temps...

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    Le ciel gris me regarde

    Par la fenêtre ouverte

    Et ses teintes blafardes

    Semblent le rendre inerte. 

     

    Il jette sur les toits

    Un voile sans éclat 

    Que des oiseaux narquois

    Souillent de-ci de-là. 

     

    Sous sa voûte de soie

    Qui peine à se lever,

    La mer, que j'aperçois, 

    Paraît s'y abreuver. 

     

    La ligne d'horizon

    Se noie dans les risées,

    Immobiles prisons

    D'un suroît épuisé. 

     

    Les oiseaux, par centaines, 

    Couvent de noirs rochers,

    Leur tissant des mitaines

    Déjà effilochées. 

     

    Ça sent le goémon, 

    La plage en est jonchée,

    Poudré d'un fin limon

    Qu'un ruisseau vient gâcher.

     

    Quelques jeux délaissés 

    Offrent leur infortune,

    Seul, un couple pressé 

    Remonte ici la dune.

     

    Navrant les estivants,

    La nuit fut agitée 

    D'un traître coup de vent

    Venu troubler l'été... 

    ©                         


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  • Groix... Nuit sur la pointe des Chats...

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    La nuit laisse perler

    Son froid semis d’étoiles,

    La lune dévoilée

    Glisse envoûtante et pâle.

     

    Le vent, cet indiscret,

    Trouble les tamaris

    Ceints de leur blanc muret,

    Pour tout dernier abri.

     

    Un rempart, sur le sable,

    Et puis, s’enfuit la plage,

    Sous le scalp improbable

    D’algues mortes ou trop sages.

     

    De fins rochers affleurent 

    Traçant des ombres tristes

    Sur l'estran sans chaleur

    De grenat et de schiste. 

     

    La mer se fait entendre,

    Puissante,  presque invisible,

    Continuant à descendre,

    Sereine et impassible.

     

    Sa trouble symphonie 

    Aux entêtants arpèges

    Rend sa monotonie 

    Proche d’un sortilège.

     

    Et, à l'horizon,  passent 

    Des navires insouciants 

    Dont les fanaux s'effacent 

    Tels des astres fuyants. 

     

     

    Plus haut, où rien ne bouge,

    Le phare imperturbable

    Crache son faisceau rouge

    Sur les nues insondables…

     

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  • La nuit...

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    Pendant toutes ces heures

    Que compta ma breloque,

    J’affrontai, quel malheur !

    Ton triste soliloque.

     

    Tu laissas, ce soir-là,

    Ta cape constellée

    À ce grand échalas

    De jour un peu voilé.

     

    Lors, vêtue de ténèbres,

    Tu vins m’envelopper,

    En ta veillée funèbre

    Privée de mélopée.

     

    Tu couvris mon vieux corps,

    Il faisait froid, je crois,

    Mais je tremblais encore,

    Étendu, telle proie.

     

    Je ne pus t’estourbir,

    Impuissant et maudit,

    Il me fallut subir

    Ta longue monodie.

     

    Ce n’est que tôt matin,

    Ô sombre ignominie,

    Que partit ta catin,

    Ton aînée, l’insomnie…

     

     

    ©  


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